PEGASUS LIBER

Le blog de l’éducation équine respectueuse

Suis-je vraiment en renforcement positif ?

Ce n’est pas moi qui choisis… c’est mon cheval !

Quand on se forme au renforcement positif, on a souvent l’impression d’entrer dans un monde plus doux, plus respectueux du cheval. On pense qu’avec une friandise à la clé, on est dans une démarche bienveillante. Et pourtant…

Ce n’est pas parce qu’on utilise du R+ qu’on est nécessairement dans une relation confortable pour le cheval. Et ce n’est pas parce qu’on pense être en R+ qu’on l’est vraiment.

Ce qu’on oublie parfois, c’est que ce n’est pas nous qui définissons la nature du renforcement… mais le cheval. Et c’est là que les choses deviennent passionnantes — et parfois inconfortables.

Petit rappel : c’est quoi le renforcement positif ? Et le renforcement négatif ?

  • Renforcement positif (R+) : on ajoute quelque chose d’agréable pour renforcer un comportement. Par exemple, le cheval cible un cône, on clique, on donne une friandise. Le bonbon (ou autre chose de plaisant) vient renforcer l’action.

  • Renforcement négatif (R-) : on enlève quelque chose de désagréable pour renforcer un comportement. Par exemple, on applique une pression avec la longe, le cheval cède, on relâche. Le confort arrive parce que la gêne disparaît.

Dans les deux cas, on renforce un comportement. La différence, c’est ce qui motive le cheval à le proposer : l’envie d’obtenir quelque chose (R+), ou l’envie de faire cesser quelque chose (R-).

Et attention : ni l’un ni l’autre n’est “bon” ou “mauvais” en soi. Il y a du très bon renforcement négatif, tout comme il y a du renforcement positif très maladroit.

Tout dépend de la manière dont c’est fait, du contexte, de l’intention… mais surtout de la perception du cheval.

Mon intention ne suffit pas… si le cheval vit autre chose

Je vais te donner un exemple personnel avec Jitano. Pour lui apprendre à galoper à côté de moi, j’utilisais mon corps et mon énergie : je me mettais à courir, pleine d’élan, pour l’encourager à partir. Pas de longe tendue, pas de voix forte, pas de geste brusque. Juste… de l’énergie.

Dans ma tête, c’était une proposition joyeuse. Mais pour lui, c’était inconfortable. Il se sentait probablement envahi, pressé.

Ce n’est pas parce qu’on donne une friandise qu’on est en R+

C’est un point essentiel à garder en tête :

le fait d’ajouter une friandise ne garantit pas qu’on est dans du renforcement positif.

Si ce qui déclenche le comportement est l’envie d’arrêter un inconfort (énergie, posture, pression, proximité…), même très subtil, alors on est déjà en R-.

Et encore un autre piège du R+ : le conflit d’intérêt.

Le cheval peut très bien faire un exercice qu’il n’a pas envie de faire, uniquement pour obtenir la récompense.

Ce n’est plus de la coopération. C’est du “je le fais pour avoir mon bonbon, même si je préférerais faire autre chose.”

Et ça, ce n’est pas toujours très visible… mais c’est là qu’on commence à glisser dans quelque chose de moins clair, de moins confortable pour le cheval.

Quelques exemples concrets pour y voir plus clair

  • Je tends la longe pour suggérer un déplacement : si le cheval bouge pour retrouver du confort, on est en R-, même avec une friandise ensuite.

  • J’avance dans sa bulle pour lui demander de reculer : il recule pour rétablir une distance. Si je marque ensuite, ça reste du R-.

  • J’augmente ma posture, ma voix, mon énergie, la tension de la longe… : si je fais monter la pression et que le cheval répond pour la faire cesser, je suis en R-.

Et surtout : ce n’est pas parce que je donne un bonbon que je suis en R+.

Est-ce que je suis

vraiment

en R+ ? Les bonnes questions à se poser :

  • Est-ce que le cheval a le choix de partir, de dire non, d’interrompre la séance ?

  • Est-ce qu’il semble impliqué, motivé, curieux ? Ou bien est-ce qu’il attend que ça s’arrête ?

  • Est-ce qu’il propose des comportements de lui-même ?

  • Est-ce que je peux obtenir le comportement sans pression, sans montée en phase ?

  • Est-ce que j’ai dû “forcer un peu plus” pour avoir la réponse ?

  • Est-ce que le cheval fait l’exercice avec plaisir, ou bien juste pour avoir la friandise ?

Rester uniquement en R+ : mission (quasiment) impossible ?

Dans les faits, rester tout le temps dans un renforcement purement positif est très compliqué. Parce qu’on est des humains. Parce qu’on a des automatismes. Parce qu’on ne se rend pas toujours compte de ce que le cheval ressent.

Et parce qu’un geste, une posture, une énergie… peuvent être vécus comme une pression, même si ce n’est pas du tout notre intention.

Mais ce n’est pas grave.

Ce qui compte, c’est d’en être conscient. D’apprendre à observer, à ajuster, à remettre en question. D’essayer de faire toujours mieux, en fonction du cheval qu’on a en face de nous.

Et de se rappeler que le plus important, ce n’est pas l’étiquette R+ ou R-.

C’est : est-ce que mon cheval est bien, motivé, acteur de ce qu’on fait ensemble ?

Je suis comportementaliste équin et éducatrice équine, spécialisée dans l’accompagnement des chevaux et de leurs propriétaires. À travers ma plateforme en ligne, je propose des formations et des ressources pour vous aider à améliorer la relation avec votre cheval, résoudre des problèmes de comportement et favoriser un apprentissage respectueux basé sur le renforcement positif.

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