PEGASUS LIBER

Le blog de l’éducation équine respectueuse

Ne pas laisser « gagner » son cheval : pourquoi cette idée est problématique

L’expression “ne pas laisser gagner son cheval” est encore très répandue dans le milieu équestre.

Elle repose sur une idée implicite : la relation serait un rapport de force où l’un doit prendre l’ascendant sur l’autre.

Or, cette lecture pose problème d’un point de vue comportemental.

1. Le cheval ne fonctionne pas en logique de pouvoir humain

Parler de “gagner” suppose :

  • une intention stratégique,

  • une volonté de domination,

  • une conscience du rapport hiérarchique interspécifique.

Le cheval ne construit pas ses comportements dans ce cadre-là.

Il agit en fonction :

  • de son apprentissage,

  • de son état émotionnel,

  • de ce qui est renforçant à l’instant T,

  • de ses expériences passées.

Lorsqu’un comportement apparaît, il ne vise pas à “prendre le dessus”, mais à réguler quelque chose ou à obtenir un résultat qui a du sens pour lui.

2. Confondre désaccord et domination

Prenons quelques situations fréquentes :

  • Le cheval s’arrête en extérieur.

  • Il tire vers l’herbe.

  • Il quitte un exercice.

  • Il ne répond pas immédiatement à une demande.

Interprétation classique :

Il teste. Il prend le pouvoir. Il faut gagner.

Lecture comportementale :

Soit la motivation externe est plus forte.

Soit l’exercice n’est pas suffisamment renforcé.

Soit l’état émotionnel empêche l’exécution.

Soit l’apprentissage n’est pas stabilisé.

Ce ne sont pas des actes de domination.

Ce sont des indicateurs

3. Les conséquences d’une lecture en “gagnant/perdant”

Quand l’humain entre dans une logique de “ne pas perdre”, plusieurs dérives peuvent apparaître :

  • Augmentation de la pression pour obtenir la réponse.

  • Rigidité dans la demande, même si le cheval est en difficulté.

  • Ignorance des signaux émotionnels.

  • Escalade dans l’intensité des interactions.

À terme, cela peut générer :

  • frustration,

  • inhibition,

  • résistance accrue,

  • ou détérioration de la relation.

Le paradoxe est que vouloir “gagner” fragilise souvent la coopération.

4. Ce que révèle réellement un cheval qui “gagne”

Si un cheval obtient ce qu’il veut (par exemple brouter après avoir tiré), cela signifie simplement que :

  • le comportement a été renforcé,

  • l’environnement était plus motivant,

  • ou la demande n’était pas suffisamment construite.

On est dans un mécanisme d’apprentissage, pas dans un combat.

La question n’est donc pas :

Comment éviter qu’il gagne ?

Mais plutôt :

Pourquoi ce comportement est-il plus renforçant que ce que je propose ?

5. Changer de cadre d’analyse

Sortir de la logique de pouvoir ne signifie pas tout accepter.

Cela signifie :

  • analyser les contingences,

  • travailler la progression,

  • renforcer les comportements souhaités,

  • adapter les demandes à l’état émotionnel,

  • construire la motivation.

On quitte une lecture morale (“il me défie”) pour une lecture fonctionnelle (“ce comportement remplit quelle fonction ?”).

Conclusion

Un cheval ne cherche pas à gagner contre l’humain.

Il répond à un système d’apprentissage et à des variables émotionnelles.

La relation cheval–humain n’est pas un duel.

C’est un processus d’ajustement et de compréhension mutuelle.

Remplacer la question “qui gagne ?” par “qu’est-ce que ce comportement me dit ?” transforme profondément la manière de travailler.

Et c’est souvent à partir de là que la coopération devient réellement stable.

Je suis comportementaliste équin et éducatrice équine, spécialisée dans l’accompagnement des chevaux et de leurs propriétaires. À travers ma plateforme en ligne, je propose des formations et des ressources pour vous aider à améliorer la relation avec votre cheval, résoudre des problèmes de comportement et favoriser un apprentissage respectueux basé sur le renforcement positif.

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